Je dirais, chacun son travail ! Je n’ai jamais été un décideur, mais bien au contraire un conseiller et ce à tous niveaux, c'est-à-dire que je suis en lien avec la population, les élèves, les enseignants, etc…, mais j’ai également un pied dans la recherche, ce qui me permet de me poser toujours des questions. Par contre, cela ne va pas quand un décideur se dit spécialiste et à mon avis, un bon politique doit s’entourer de bons conseillers et ceux-ci doivent être en prise avec le réel. Si on prend l’exemple d’un maire, c’est terrible les charges qu’il peut avoir, il faut passer énormément de temps et s’il ne peut pas s’appuyer sur des conseillers qui ont du temps, alors on arrive à un certain désintérêt, du coup ce ne sont pas souvent les meilleurs qui se retrouvent aux places de décideurs. On peut constater, peut être, une chute de l’engagement démocratique citoyen au profit de gens qui ne voient que le pouvoir ou le côté technocratique des choses et c’est dommage ! Je suis pour le dialogue et de même, je pense que lorsque l’on parle de la pédagogie du patrimoine, il s’agit d’un partenariat entre le monde de l’éducation et de la culture. On ne va pas demander à un géologue, archéologue, etc, d’être un grand pédagogue (s’il l’est, tant mieux !), pas plus que l’on va demander à un enseignant d’être au courant des derniers résultats scientifiques, mais il doit être capable de transcrire ce que le scientifique va développer dans un langage compris par tous.
Vous parlez de conseil, est-ce que cela passe par la façon d’aménager ou de construire ?
Pour l’anecdote et pour rigoler un peu, quand des architectes ou des aménageurs viennent me voir, je leur dis : « vous savez pourquoi le village de Saint Romain est beau ? Tout simplement parce qu’il n’y a jamais eu d’architecte ou d’aménageur !! » (rire) Mais une fois la provocation jouée, je tiens à leur dire qu’aujourd’hui, nous avons à tout prix besoin d’eux, tout simplement parce que nous ne savons plus faire, nous avons perdu ce rapport humain qui se faisait par la force des choses, car dans le temps on n’avait pas les moyens de faire des « conneries » et s’il pouvait y en avoir, c’était vite corrigé ! Aujourd’hui, nous sommes un peu mégalo, on croit pouvoir faire tout et n’importe quoi et malheureusement, certains ont les moyens de le faire. Ce n’est pas parce que nous avons des grosses machines que nous pouvons faire n’importe quoi, la preuve dans la vigne, on revient au cheval !
Je reprendrais une citation de Paul Valery : "la véritable tradition dans les grandes choses n’est point de refaire ce que les autres ont fait, mais de retrouver l’esprit qui a fait ces grandes choses et qui en ferait de tout autres en d’autres temps". Le monde change, mais nous pouvons créer avec intelligence, avec bon sens et non pas avec cette vision uniquement économique. On le voit aujourd’hui avec la Grèce, si « la morale » avait plus joué, il n’y aurait pas eu de détournement de fonds. Attention, je ne suis pas économiste, donc je ne vais pas m’hasarder sur ce sujet, mais il me semble que la notion de vivre ensemble et de partage est certainement plus une garantie de l’avenir que de dire, enrichissez vous !
Vous associez beaucoup les jeunes et on a pu comprendre qu’ils repartaient souvent sans les a priori qu’ils pouvaient avoir en arrivant, mais reviennent-ils d’eux-mêmes ?
Concernant les fouilles à Saint Romain, on est encore loin d’avoir fait le tour de la question !
Oui, beaucoup de choses ont déjà été découverte, mais on en découvre encore tous les jours. Pour le grand public, on peut dire que si des personnes veulent découvrir un village de la préhistoire à nos jours, ils peuvent venir nous voir à Saint Romain. Cela peut être banal, mais ce qui ne l’est pas, c’est que pendant 40 ans, une équipe de chercheurs a fait ça, en collaboration avec la population et des universitaires. Ils peuvent trouver chez nous, un accueil, un hébergement, mais aussi des discussions, des ateliers, des visites guidées et nous sommes prêts à discuter d’un projet particulier. On aura un grand plaisir à les accueillir et à engager un dialogue.
Comment voyez-vous l’avenir de la Maison du Patrimoine et les projets ?
Je ne lis pas dans le marc de café, j’ai fait mon chemin et je suis heureux de voir des jeunes qui veulent continuer ce que nous avons mis en place, mais je suis aussi héritier des gens qui m’ont formé afin de le transmettre à mon tour. Aujourd’hui, nous sommes dans une société un peu frileuse, si tout n’est pas balisé, on n’y va pas ! Et j’aimerais que les gens soient un peu plus curieux !
Concernant la maison du patrimoine, nous avons un gros projet avec l’achat d’une maison (en face de la maison du patrimoine) qui sera un lieu où le public pourra rencontrer des gens entrain de travailler comme des archéologues (afin de savoir comment on peut faire parler une poterie, des os, etc…), des géologues, ethnologue et bien d’autres afin de comprendre les choses et pourquoi pas montrer aux personnes la manière de travailler. Ce sera un lieu de rencontre avec une grande salle de réunion, mais également une grande salle d’exposition avec un fond documentaire important (plus de 35 sites archéologiques dont une douzaine ont été fouillés).
Je vous remercie de votre accueil et pour finir, je vous laisse carte blanche.
MAISON DU PATRIMOINE
rue "sous le Château"
21190 SAINT ROMAIN
Tel: 03.80.21.28.50
Fax: 03.80.21.24.99
Courriel: st-romain.arehr@libertysurf.fr
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